Quels changements ? Isabelle Roberts dans Libération du 22 juin résume : « Prime à la bourde à France 2 » (c’est le titre). « Evictions au 13 heures et au service politique. Malgré l’affaire Juppé, Mazerolle et Pujadas restent. » (c’est le sous-titre).
Les faits ? « Daniel Bilalian apprenant son éviction du 13 heures dans la presse. Son remplaçant, Christophe Hondelatte, venu, une nouvelle fois, du privé (RTL). Gérard Leclerc, chef du service politique-économie, mis sur la touche en deux minutes. Et surtout Olivier Mazerolle et David Pujadas, principaux acteurs de « l’affaire Juppé » qui a secoué la rédaction de France 2 en février, reconduits, l’un à la tête du 20 heures, l’autre à 100 minutes pour convaincre, comme si de rien n’était. » [1]
Pourquoi Gérard Leclerc est-il « viré » ? Parce qu’il était en vacances quand Pujadas a « dérapé ». Une absence, apparemment prévue de longue date, qui aurait été la source du « mal » [2]
La méthode ressemble à s’y méprendre à celle qui a prévalu à Radio France avec l’arrivée de Cluzel [3] : évictions brutales et justifications minimales [4]. L’arbitraire des petits maîtres de l’audiovisuel public n’ont rien à envier à celui des tenanciers de l’audiovisuel privé : les décisions de la cheffe ne dépendent en rien de à la rédaction de France 2 qui n’a même pas été consultée. Avec cette conséquence : le choix des personnes l’emporte sur les choix d’orientation.
Explication d’Arlette Chabot : « Pour changer le produit, il faut changer les fabricants. » Enfin pas tous : Pujadas et Mazerolles restent... Et pour les remplacer comment ? Sans discussion préalable sur les choix éditoriaux. Et pour les remplacer par qui ? Pour l’instant par Christophe Hondelatte en remplacement de Bilalian. Or Christophe Hondelatte vient de RTL, c’est-à-dire du privé : avec sa « culture d’entreprise » ?
Qu’importe à Arlette Chabot.
Isabelle Roberts écrit :
« Sur le maintien de Pujadas et Mazerolle, [...], elle a plus de mal à s’expliquer : “Pujadas a compris que le 20 heures n’était pas son journal, plaide-t-elle. Il s’est conformé aux règles de son nouveau rédacteur en chef, alors on continue. ” Et Mazerolle ? “Son émission marche”, tente-t-elle. “Et puis ce n’est pas moi qui ai négocié son contrat”. » En fait, le maintien de Mazerolle se serait négocié à la présidence de France Télévisions. “Un lieu, note amèrement un journaliste, où on est toujours à l’écoute des coups de sonnette politiques. ”. »
Qu’importe à Arlette Chabot !
Elle s’est confiée au Monde (25 juin 2004) : « Notre ligne éditoriale est de faire des choix avec des angles différents qui apportent plus d’informations. Je ne veux plus que le 20 heures soit un empilement de sujets. Il doit s’ouvrir aux problèmes de société sans se soucier de ce que font les autres. TF1 est une machine qui marche très bien, mais je ne me situe pas par rapport à la Une. La rédaction de France 2 doit être plus exigeante dans l’information aux téléspectateurs.[...] »
« S’ouvrir aux problèmes de société » ? Oui, mais lesquels et comment ? La rédaction doit être « plus exigeante dans l’information » ?. Curieuse tournure, que relève l’un de nos correspondants : Arlette Chabot n’a pas dit que sa rédaction devait être plus exigeante « sur » l’information, ni « en fait d’ » information, mais bien « dans » l’information. Rien de plus qu’une exigence d’exactitude et d’efficacité ?
Le même correspondant écrit :
« Avoir tout fait, ces dernières années, pour plomber l’esprit de service public qui régnait encore dans cette maison ; avoir pris, par exemple, Mazerolle, ponte de RTL, dont on pouvait être certain qu’il allait imposer sans vergogne le sens de la compétition et de l’infotainment à France 2 ; avoir placé dans la vitrine Pujadas, un type de LCI, qui fait de l’info comme il aurait pu faire de la pub... tout ça pour en arriver là : la rédaction doit être "plus exigeante dans l’information" ! »
Voilà qui promet !